
Baptême du Feu
Eau de Parfum
4.5/5 | 2 avisCe produit est actuellement indisponible
Mon émotion est fluide. A l’instar d’une cire qui se coule dans un moule, elle affermit ce qui me séduit, comme ici, ce cœur de pain d’épices.
Baptême du Feu, la nouvelle énigme parfumée de Serge Lutens
Serge Lutens est un créateur toujours énigmatique. C'est pourquoi, chacun de ses parfums est livré avec un texte mystérieux qui ne parle qu'à lui. Cette fois, à l'occasion de la sortie du parfum Baptême du Feu, il a écrit : « Mon émotion est fluide. À l'instar d’une cire qui se coule dans un moule, elle affermit ce qui me séduit, comme ici, ce cœur de pain d'épice. » En réalité, sous cette citation abstraite se cache une odeur typique de l'enfance et plus particulièrement celle de la kermesse. Baptême du Feu nous plonge dans un monde typiquement lutensien, bien loin des dernières eaux plates de la maison.
L'univers énigmatique de Baptême du Feu
Baptême du Feu est un parfum étrange. Son univers est particulièrement mystérieux, voir quelque peu anxiogène. En effet, Serge Lutens nous entraîne avec lui dans un monde typique de l'enfance, celui d'une kermesse. Néanmoins, dans notre époque de plus en plus violente, chacun sait que les lieux remplis par la foule peuvent très vite devenir de véritables champs de bataille. Aussi, c'est exactement ce dont il est question au travers du parfum Baptême du Feu. Celui-ci associe l'innocence du pain d'épice, de la fête foraine, du jeu et des stands de tir à la senteur de la poussière et des coups de feu. Baptême du Feu est une fragrance narrative qui se révèle sous de multiples facettes. C'est un peu comme si Serge Lutens mettait au travers elle en exergue l'appréhension du monde. Baptême du Feu est un jus profond à l'atmosphère inhabituelle. Comme à l'accoutumée, Serge Lutens semble avec lui vouloir ne laisser personne indifférent.
La nouvelle fragrance unisexe de Serge Lutens
Baptême du Feu est un jus qui se destine aussi bien aux hommes qu'aux femmes. Il a été élaboré en collaboration avec le talentueux parfumeur Christopher Sheldrake. Cette union créative n'est pas une première pour les deux hommes. En effet, elle débuta dans les années 80 avec la conception de Féminité du Bois. Cette fois, Baptême du Feu met en avant la senteur épicée et gourmande du pain d'épice. Cet ingrédient se situe au centre de la composition. Il est encore rehaussé d'une pointe de gingembre plus aphrodisiaque. La mandarine, quant à elle, se charge d'apporter à ce jus plus de vivacité ainsi qu'une facette acidulée. L’osmanthus se charge alors d’amener une touche plus automnale et boisée à l'ensemble. De même, des notes poudrées font flotter des effluves élégants sur le tout. Enfin, Baptême du Feu s'achève par plus de sensualité. Ce sentiment est amené par la présence de castoréum, une substance d'origine animale à la senteur proche de celle du cuir. Malgré sa facette sombre, Baptême du Feu est un jus qui reste particulièrement poétique et qui s'inscrit à merveille dans l'univers de Serge Lutens. Il est contenu dans un flacon rouge sang aux arêtes nettes et franches. Le tout est également agrémenté d'une étiquette de couleur noire et toute sa publicité repose sur une cible de tirs. Encore un peu de patience, le tout sera très rapidement disponible, dès le 1er juillet 2016, au cœur de la boutique Serge Lutens du Palais-Royal de Paris.
Ecorces brûlées de mandarine, Clous de girofle, Canelle

Notre avis expert
Serge Lutens Baptême du Feu appartient à cette catégorie de parfums qui ne laissent personne indifférent. Lancé en 2016 dans la Collection Noire, ce jus signé Christopher Sheldrake joue sur l'ambiguïté entre douceur d'enfance et sophistication adulte. L'écorce de mandarine brûlée ouvre le bal avec une acidité fumée qui surprend et déroute, comme si l'agrume avait séjourné trop longtemps près d'un feu de cheminée. Les clous de girofle et la cannelle installent immédiatement une chaleur épicée presque agressive, qui pique les narines et réveille les sens avec une brutalité assumée. Cette ouverture tranchante rappelle l'odeur de la poudre noire mélangée aux épices de Noël.
Un oriental qui bouscule les conventions
Ce qui frappe d'abord chez Baptême du Feu, c'est cette capacité à évoquer simultanément le stand de tir d'une fête foraine et l'odeur du pain d'épices chez le confiseur. Christopher Sheldrake a construit ce parfum autour d'une tension permanente entre le sucré et l'âcre, entre l'innocence et une forme de violence olfactive assumée. Cette dualité se ressent dès les premières pulvérisations : on a l'impression de croquer dans un biscuit au gingembre tout en respirant la fumée d'un pistolet à amorces. En boutique, on observe souvent deux réactions diamétralement opposées : soit le client accroche immédiatement à cette originalité dérangeante et demande à l'essayer sur sa peau, soit il recule devant tant d'intensité en fronçant le nez.
L'approche orientale de Serge Lutens trouve ici une expression particulièrement moderne et iconoclaste. Pas de rose ni d'oud pour faire oriental — juste des épices occidentales poussées dans leurs retranchements, une mandarine malmenée qui perd sa fraîcheur habituelle pour devenir presque calcinée. Cette eau de parfum mixte, avec sa concentration généreuse, s'adresse aux amateurs d'originalité qui n'ont pas peur d'affirmer leur singularité par le sillage. Il tient facilement huit heures sur la peau et laisse un village fumé caractéristique qui ne passe jamais inaperçu dans un ascenseur ou lors d'une réunion.
Baptême du Feu mérite qu'on lui laisse le temps de se développer sur la peau, car son évolution est spectaculaire. Ses premières minutes peuvent déstabiliser et même rebuter les nez non préparés, mais c'est exactement là que réside son génie : transformer un malaise initial en addiction progressive. Après une heure, les épices s'arrondissent légèrement et révèlent une douceur poudrée inattendue. Un parfum qui marque, autant celui qui le porte que ceux qui le sentent, et qui divise autant qu'il fascine.
L'univers olfactif
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L'enfance revisitée par un maître parfumeur
Christopher Sheldrake a puisé dans ses souvenirs d'enfance pour composer Baptême du Feu, mais pas dans ceux qu'on attend. Plutôt que la madeleine proustienne, il a choisi l'ambiance trouble des fêtes foraines, où l'odeur de poudre des stands de tir se mélange aux effluves sucrés des confiseries. Cette approche narrative, typique de la maison Serge Lutens, transforme le parfum en court-métrage olfactif complet. On y retrouve cette poésie sombre que Sheldrake maîtrise depuis ses premières collaborations avec Lutens dans les années 90.
La mandarine, habituellement symbole de fraîcheur et d'innocence, subit ici un traitement radical. Son écorce brûlée perd toute jovialité pour devenir âcre, presque medicale. Cette distorsion d'un agrume familier crée immédiatement une sensation d'inquiétante étrangeté qui caractérise les plus belles créations de la Collection Noire. Sheldrake joue sur nos références olfactives pour mieux les subvertir — un exercice de style que peu de parfumeurs osent encore aujourd'hui.
Quand les épices deviennent incandescentes
Les clous de girofle occupent le centre de cette composition avec une présence quasi obsessionnelle. Loin du girofle poudré des parfums orientaux classiques, Sheldrake a choisi une version brute, presque chirurgicale, qui évoque autant le cabinet dentaire que la cuisine exotique. Cette radicalité assume parfaitement l'ADN Serge Lutens : ne jamais faire dans la demi-mesure, quitte à perdre une partie du public en chemin. C'est d'ailleurs ce qui différencie fondamentalement cette maison des créateurs plus consensuels.
La cannelle vient amplifier cette sensation de brûlure contrôlée, créant avec le girofle un accord épicé d'une intensité rare en parfumerie contemporaine. Ces deux notes, traditionnellement cantonnées à des rôles de soutien dans les compositions gourmandes, prennent ici le devant de la scène avec une brutalité assumée. On comprend pourquoi certains clients sortent de la boutique demander leur reste — et pourquoi d'autres repartent immédiatement avec le flacon sous le bras.
Un sillage qui ne passe pas inaperçu
Porter Baptême du Feu, c'est accepter de devenir un objet de curiosité olfactive. Ce parfum possède cette capacité rare de créer une bulle autour de celui qui le porte — pas toujours bienveillante, d'ailleurs. En douze ans de conseil en parfumerie, j'ai rarement vu un jus susciter des réactions aussi polarisées. Les admirateurs parlent de coup de génie, les détracteurs de provocation gratuite. La vérité se situe probablement quelque part entre les deux, dans cette zone d'inconfort que Serge Lutens cultive depuis ses débuts.
Sa tenue remarquable sur la peau (facilement huit heures) permet à cette composition de développer toutes ses facettes contradictoires. Le parfum évolue peu mais s'intensifie, créant une sensation de montée en température progressive. C'est un choix de formulation qui colle parfaitement au propos : Baptême du Feu ne cherche pas à vous séduire, il s'impose. Une approche qui peut dérouter dans un marché où la lisibilité immédiate est devenue la norme, mais qui fait tout le sel de cette création atypique.
Comment apprivoiser cette création explosive
Baptême du Feu demande une approche particulière, surtout pour ceux qui découvrent le monde Serge Lutens. Commencer par une application légère (deux vaporisations maximum) permet d'apprivoiser progressivement son intensité. Le parfum se révèle particulièrement adapté aux périodes froides, où ses épices trouvent un écrin naturel, mais certains clients l'adoptent aussi en demi-saison pour son côté inattendu. Sa signature masculine-féminine en fait un excellent choix pour les couples qui aiment partager leurs parfums — à condition d'avoir les mêmes goûts pour l'originalité.
Dans la garde-robe olfactive, Baptême du Feu occupe une place unique de parfum-événement. C'est celui qu'on choisit quand on veut marquer les esprits, affirmer sa personnalité de manière directe. Il fonctionne particulièrement bien en soirée, porté par quelqu'un qui assume totalement son choix. Contrairement aux best-sellers de la maison comme Chergui ou Ambre Sultan, ce parfum ne se porte pas tous les jours. C'est sa force et sa limite : une création d'exception pour des moments d'exception, signée par l'un des duos créatifs les plus audacieux de la parfumerie contemporaine.






